Quelques indices possibles pour apprécier Prendre la porte
« Le public s’est retourné quand je suis entré dans la salle de concert. Assis, j’ai bougé sur place pour voir les doigts des pianistes toucher les notes. Deux dos m’empêchaient de voir les doigts. Il aurait fallu que je me trouve au dessus de la scène pour comprendre un peu comment était produit ce que j’écoutais.
C’était une pièce pour deux pianos et quatre mains. Combien de doigts peuvent contenir deux pianos ? Combien de doigts comme les miens, des doigts qui ne savent que pianoter sans bouger d’un côté ou de l’autre. Et puis j’ai cherché à épuiser l’instrument dans l’épuisement de mes doigts, le faire sonner faux à force de ne pas savoir jouer. Je me suis imaginé un maximum de doigts voisins mais indépendants. En accord et en désaccord de se trouver là mutuellement. J’ai frappé la note, écouté la note, refrappé la note quand je ne l’entendais plus, longtemps.
Quelqu’un d’autre est arrivé en retard au concert. Il a ouvert la porte. Je me suis retourné. Ça a pris toute mon attention. Le son de la porte se démarquait du son du piano. Puis, jusqu’à la fin, je me retournais toujours pour anticiper le grincement de porte. »
Prendre la porte : pièce pour neuf doigts, trois portes et au moins deux visiteurs. |